Le Courage qu’il faut aux Rivières – Emmanuelle Favier…

Un livre sur la construction identitaire, la condition des femmes et la recherche de liberté.

Le Contexte:

Les « vierges jurées » dans les pays des Balkans, et notamment en Albanie, sont des femmes qui ont fait le sermon irrévocable de renoncer à leur sexualité, au mariage et à la possibilité d’avoir un enfant. Elles font le vœu de chasteté et en contrepartie bénéficie de tous les avantages d’être un homme dans la société traditionnelle patriarcale d’Albanie : le droit de boire, de fumer, de jouer de la musique, de participer à des conversations d’hommes, d’agir en tant que chef de famille (pour ses sœurs ou sa mère). Très bien intégrées dans la communauté, où elles sont même très respectées pour leur engagement, elles effectuent les mêmes tâches et aident aux cultures, travaux des champs et des forêts, travaux du bâtiment etc. Physiquement on ne les distingue même pas des autres hommes, elles portent toujours des vêtements d’hommes. Les motivations de ces femmes sont généralement d’échapper à un mariage arrangé, ou alors de combler la pénurie d’homme due aux vendettas (le meurtre d’un homme peut être vengé par l’assassinat de tous les hommes de la famille du meurtrier) ce qui permettrait à la vierge jurée de traiter les affaires et gérer les biens de la famille, ainsi que travailler la terre, ce qu’une femme normale n’a pas le droit de faire. Ce statut permet également aux femmes homosexuelles de vivre en paix dans cette société très traditionnelle. On estime entre 40 et quelques centaines de vierges jurées encore présentes en Albanie.

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Mon Avis:

Dans ce roman nous allons d’abord suivre le destin de Manushe. Elle est vierge jurée et vit paisiblement son sermon dans son petit village au cœur des montagnes albanaises. Un inconnu, Adrian, vit frappé à sa porte et demande l’asile au près du maire, il est tout de suite accepté par la communauté entière et d’autant plus par Manushe qui va très vite être attiré par le jeune homme.

Voilà ce que nous propose la 4ème de couverture. Par la suite nous allons découvrir l’enfance et la vie d’Adrian, ce qu’il a fait pour en arriver là où il est.

Plusieurs choses m’ont gêné dans ce roman :

  • La première c’est le fait que nous quittons très vite Manushe pour nous intéresser à Adrian. Sauf qu’Adrian a une vie très différente de Manushe, ce n’est pas une vierge jurée. Avec ce personnage on s’éloigne du thème qui me tenait à cœur et j’ai vraiment été déçue de lire autant sur lui et si peu sur les vierges jurées.
  • La seconde c’est que l’auteur, je trouve, a pris des libertés vis-à-vis de l’engagement de Manushe qui pour moi ne vont pas dans le sens de ce que j’ai appris des vierges jurées et de ce que l’on attend d’elle. Je m’explique:

Manushe est devenue vierge sous sermon pour échapper au mariage arrangé que ses parents concluaient. J’imagine très bien que renoncer à sa féminité et quelque chose de très dur et qui demande une grande motivation. J’imagine que Manushe qui a maintenant plus de 40 ans a totalement renoncé à l’amour et aux hommes. Alors j’ai eu du mal à imaginer la facilité avec laquelle elle tombe amoureuse d’Adrian, au premier regard.

J’aurais vraiment aimé dans ce livre en apprendre plus sur Manushe qui je pensais était le personnage central de l’histoire, j’avais envie de connaitre ses motivations, sa « transformation », ce qu’elle a vécu, mais finalement on passe très vite sur elle. On découvre finalement que la sexualité de Manushe est plutôt libéré (elle se masturbe souvent, elle fantasme sur les hommes) et finalement je trouve que cela va à l’encontre de ce que je connaissais des vierges jurées et du fait qu’elle abandonne complétement leur sexualité, mais je me trompe peut-être…

J’ai trouvé que la romance, pour la raison donnée précédemment mais également pour d’autres, arrivait beaucoup trop vite. Ils se connaissent à peine, ont tous les deux une sexualité complexe et un rapport au sexe opposé complexe et tombe sur un seul regard sous le charme l’un de l’autre. Par la suite je ne carrément pas compris leur premières scènes de sexe pendant lesquelles ils ne font que se regarder (ou alors là encore quelque chose m’a échappé). Ne vous inquiétez pas je ne vous spoile pas le roman vu que cela se passe dans les toutes premières pages.

Après cette romance, ce qui m’a encore plus alerté c’est le fait que par magie, du fait de leur nouvelle relation, Manushe va totalement abandonner son rôle « d’homme », elle va réapprendre à se connaitre en tant que femme, aura une position plus en retrait par rapport à Adrian, c’est lui qui la guidera, qui prend le volant, qui va déblayer la neige qui gêne, qui va chercher de l’aide. Manushe va s’effacer et retrouver une place un peu soumise, dépendante d’Adrian, elle va redécouvrir son corps et retrouver sa place de femme.

Comme vous avez pu le comprendre je n’ai pas vraiment la partie sur la vie d’Adrian, on apprend son enfance violente, sa sexualité complexe, la relation qu’il a avec son père puis sa fugue, sa vie citadine, ses premiers amours etc. J’ai trouvé qu’on s’éloignait trop du sujet des vierges jurées, j’ai trouvé certains passages vraiment très durs, trop choquants.

Finalement, lors d’une troisième partie, nous finissons par suivre le destin de Dirina, et pour cette dernière partie j’ai eu l’impression que l’auteur avait fait le choix d’écrire différemment. Si l’écriture était très limpide et simple pendant la bonne première moitié du roman, pour la partie de Dirina, à partie du moment où elle fait son apparition, je n’ai pas retrouvé le même style d’écriture. Le texte était beaucoup plus pompeux, parfois difficile à lire, peuplé de métaphores et une accumulation d’adjectifs très pesante.

En bref un livre que j’ai apprécié mais de nombreux points ont gâché ma lecture.

Le Résumé:

« Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.
Baignant dans un climat aussi concret que poétique, ce premier roman envoûtant et singulier d’Emmanuelle Favier a la force du mythe et l’impalpable ambiguïté du réel. »

Auteur: Emmanuelle Favier
Parution: Août 2017
Éditions: Albin Michel
Genres: Contemporain
Pages: 224

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3 réflexions sur “Le Courage qu’il faut aux Rivières – Emmanuelle Favier…

  1. Pingback: Bilan – Septembre 2017… | Emma's Books

    • Oui c’est pour cette raison que je me suis penché dessus, j’étais un peu déçue du coup que ça dévie sur autre chose! 🙂 j’aurais aimé rester plus dans la thématique des vierges jurées, mais je pense que j’attendais tellement quelque chose que j’ai été déçue alors que le livre est vraiment bien!

      Aimé par 1 personne

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